
Plastique jetable, invendus, emballages, réparabilité… Depuis 2020, la loi AGEC transforme en profondeur la façon dont les entreprises conçoivent, vendent et récupèrent leurs produits.
Ses 130 articles s'appliquent par étapes, avec un horizon fixé à 2040 pour la fin des emballages en plastique à usage unique. Voici l'essentiel à connaître : ses grands axes, son calendrier, les entreprises concernées et ce qu'elle change pour les emballages de boissons.
La loi AGEC désigne la loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire. Adoptée après un large consensus parlementaire, elle compte 130 articles qui visent toutes les formes de gaspillage, du plastique à usage unique aux invendus en passant par l'obsolescence des appareils.
Sa particularité tient à sa mise en œuvre progressive. Le texte fixe des objectifs, puis des décrets et des arrêtés en précisent les modalités au fil des années. C'est pourquoi la loi AGEC continue de produire de nouvelles obligations, plus de six ans après sa promulgation.
L'ambition affichée par le ministère de la Transition écologique est claire. Il s'agit de sortir du modèle « produire, consommer, jeter » pour aller vers une économie circulaire, où les ressources sont utilisées plus longtemps et plusieurs fois.
Cette logique repose sur les « 3R » : réduire les emballages et les déchets à la source, réemployer les produits et les contenants, puis recycler ce qui ne peut plus servir. Le réemploi passe donc avant le recyclage, un ordre de priorité qui oriente de nombreuses mesures de la loi.
La loi anti-gaspillage s'organise autour de cinq objectifs :
Le premier axe est le plus visible au quotidien. Pailles, couverts jetables, touillettes et boîtes en polystyrène expansé ont disparu dès 2021, et les emballages en plastique à usage unique doivent disparaître d'ici 2040.
Pour les marques, cela pose aussi la question des alternatives aux bouchons en plastique et, plus largement, du choix des matériaux d'emballage.
La loi interdit également l'élimination des invendus non alimentaires, qui doivent être donnés, réemployés ou recyclés.
Côté alimentaire, la distribution et la restauration collective devaient réduire leur gaspillage de 50 % par rapport à 2015 d'ici 2025, la restauration commerciale et l'industrie agroalimentaire d'ici 2030.
Contre l'obsolescence, la loi a créé l'indice de réparabilité en 2021. Il est progressivement remplacé par un indice de durabilité, déjà obligatoire pour les téléviseurs et les lave-linge depuis 2025.
Des fonds réparation, alimentés par les producteurs, financent aussi un bonus réparation déduit de la facture du client.
L'information du consommateur passe notamment par le logo Triman et l'Info-tri, qui précisent où jeter chaque élément d'un emballage. Ces repères facilitent le tri, par exemple pour recycler les bouteilles en verre dans les bonnes conditions.

Depuis 2021, les interdictions et obligations s'enchaînent chaque année. Voici les principales échéances.
La suite du calendrier concerne surtout les emballages. La loi fixe un objectif de 10 % d'emballages réemployés mis sur le marché en France en 2027, contre 5 % visés en 2023.
Elle vise aussi une réduction de moitié du nombre de bouteilles en plastique à usage unique d'ici 2030.
Les objectifs de réduction du plastique jetable sont déclinés par tranches de cinq ans (2021-2025, 2025-2030, 2030-2035 et 2035-2040) jusqu'à la sortie complète en 2040.
Ces trajectoires s'articulent désormais avec le règlement européen sur les emballages (PPWR), qui fixe à son tour des exigences de recyclabilité et de réemploi à l'échelle de l'Union. Ce mouvement explique le regain d'intérêt pour la consigne de bouteille en verre en France.
Les emballages et les boissons figurent parmi les secteurs les plus exposés, avec les objectifs de réduction du plastique, de réemploi et de recyclage. La restauration est aussi directement visée, qu'il s'agisse de la vaisselle réutilisable, du gaspillage alimentaire ou des biodéchets.
Le textile, l'électronique, l'électroménager et la cosmétique ont chacun leurs obligations propres, de l'interdiction de détruire les invendus à l'affichage des indices ou à la suppression des microplastiques. À terme, le périmètre de la loi s'élargit à la plupart des acteurs économiques.
Toute entreprise qui met sur le marché des produits relevant d'une filière REP doit adhérer à un éco-organisme (ou mettre en place un système individuel) et obtenir un identifiant unique. Elle doit aussi respecter la signalétique Triman et l'Info-tri sur les produits concernés.
L'article 13 de la loi impose en outre d'informer le consommateur sur les qualités et caractéristiques environnementales des produits (matière recyclée, recyclabilité, substances dangereuses…). Le décret n° 2022-748 applique cette obligation par paliers.
La loi prévoit des sanctions administratives pour plusieurs obligations. Par exemple, un vendeur qui ne mentionne pas la garantie légale de conformité sur la facture ou le ticket de caisse risque une amende jusqu'à 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale.
Les entreprises qui détruisent ou détériorent des denrées alimentaires invendues s'exposent aussi à des sanctions renforcées, modulées selon la taille du commerce. Au-delà des amendes, se mettre en conformité tôt permet de mieux gérer ses stocks et de valoriser sa démarche auprès des clients.

Avec la responsabilité élargie du producteur (REP), celui qui met un produit sur le marché finance sa fin de vie. La loi AGEC a créé onze nouvelles filières, entre 2021 et 2025 :
La loi a aussi étendu la REP aux emballages professionnels. Après plusieurs reports, la filière des emballages professionnels doit entrer en application le 1ᵉʳ janvier 2027, avec une adhésion des producteurs à un éco-organisme attendue avant fin 2026.
Les producteurs versent une éco-contribution à leur éco-organisme, qui finance la collecte, le tri et le recyclage. Cette contribution est modulée selon un système de bonus-malus : un produit recyclable, réparable ou intégrant de la matière recyclée bénéficie d'une prime, un produit difficile à recycler subit une pénalité.
Les producteurs soumis à une filière REP doivent aussi établir tous les cinq ans un plan de prévention et d'écoconception (PPEC). Il fixe des objectifs pour réduire la matière utilisée, intégrer davantage de matière recyclée et améliorer la recyclabilité, ce qui limite ensuite les déchets de verre et d'emballages en fin de vie.
Pour les brasseurs, limonadiers, cidriers ou producteurs de spiritueux, la loi AGEC se traduit surtout par une pression croissante en faveur du réemploi. La loi n'impose pas la consigne des bouteilles en verre, mais ses objectifs d'emballages réemployés encouragent les dispositifs de retour et de lavage.
Une bouteille en verre réemployée peut effectuer de nombreux cycles avant d'être recyclée. Les étapes sont détaillées dans notre article sur le cycle de vie d'une bouteille consignée, et les avantages pour une marque dans pourquoi consigner ses bouteilles en verre.
Une démarche de réemploi ne concerne pas que le contenant. La fermeture doit elle aussi résister aux lavages, se remplacer facilement et rester compatible avec la ligne de conditionnement. C'est tout l'enjeu d'une approche RSE appliquée au packaging de bouteille, qui pense la bouteille, le bouchon et leur fin de vie comme un seul système.
Le bouchon à bascule, refermable et conçu pour durer, s'inscrit naturellement dans cette logique. Le choix dépend toutefois du produit, de la pression et du positionnement de la marque, comme le montre notre comparatif bouchon mécanique ou capsule.

